COMMENT LE COUT DU TRAVAIL PLOMBE-T-IL LA FRANCE ?
Audition d'Antoine Foucher au Sénat, délégation des entreprises
Nous avons une fiscalité anti-production, anti-industrielle.
Qu'est-ce qui permet de dire ça ? La comparaison des impôts de production entre les pays européens.
Ils représentent 4% du PIB, c'est à dire le niveau le plus élevé d'Europe. C'est 1% en Allemagne, 1% aux Pays-Bas, 2% en Espagne, 2% en moyenne en Europe. Dit autrement, nous sommes le pays d'Europe qui taxons le plus la production, proportionnellement à la richesse qu'on produit. En ce sens, nous avons bien une fiscalité anti-production, anti-industrielle.
Trois remarques pour nuancer et compléter tout de suite.
1/ Autant nous avons une fiscalité dissuasive et anti-industrielle, autant nous n'avons plus de problème de coût du travail, qui s'est normalisé : avec 44 euros de l'heure en moyenne, selon Eurostat, nous avons un coût du travail équivalent à l'Allemagne et à la Suède, et inférieur à la Belgique, au Danemark, à l'Autriche, qui sont tous restés industrialisés. Donc si c'était vraiment le coût du travail le problème principal, ils auraient dû se désindustrialiser comme nous, ce qu'ils n'ont pas fait.
2/ S'il n'y a plus de problème avec le coût global du travail, il reste néanmoins un problème de charges sur le travail, qui réduisent trop le salaire net. Ce n'est pas que les salariés sont trop chers pour les entreprises, c'est que la part de salaire que les salariés gardent pour eux est trop faible.
Le salaire moyen superbrut dans l'industrie, c'est 5500 euros. Et sur 5500 euros, en France, le salarié en garde 3000, qui est le salaire net moyen. En Allemagne, pour les mêmes 5500 euros et la même protection sociale, le salarié en garde 3460.
Le coût du travail ne plombe pas la France. Ce sont les charges salariales qui plombent le pouvoir d'achat. Il faut donc baisser les charges salariales, pas patronales (d'ailleurs au Smic il n'y a plus de charges patronales, alors on baisse quoi ?).
3/ Autant notre fiscalité dissuade la production et le travail, autant elle encourage la consommation (y compris par les personnes qui ne travaillent pas ou ne travaillent plus). Quand on compare les taux de TVA en Europe, nous avons le 3ème plus faible. Notre taux effectif moyen est de 9,7%, ce qui est plus faible que tous les pays qui sont restés industrialisés.
En synthèse, en forçant un peu le trait, nous avons une fiscalité anti-industrielle, anti-travail et pro-consommation.
Notre désindustrialisation, le déficit chronique de notre balance commerciale depuis 25 ans, notre travail qui ne paie plus, tout ça ne ne tombe pas du ciel, de l'Europe ou de la mondialisation. Même si la fiscalité n'explique pas tout, nous faisons des choix fiscaux largement souverains, et ce sont ces choix collectifs qui, avec d'autres, nous ont conduit au déclassement national actuel.
Audition au Sénat hier, par la délégation aux entreprises, avec Anne-Sophie Alsif, toujours argumentée, posée et précise.