Progrès social

CHANGER NOTRE CONCEPTION DU PROGRÈS SOCIAL

Tribune d'Antoine Foucher dans les Echos

Changer notre conception du progrès social : non plus travailler moins, mais vivre plus libres.

Depuis deux siècles, notre conception du progrès social est la suivante : vivre mieux que ses parents, en travaillant moins qu’eux. C’est effectivement ce qui s’est passé : depuis la 1ère révolution industrielle, chaque génération a travaillé moins que la précédente, tout en vivant mieux matériellement :

  • Entre 1840 et 2020, d’après les reconstitutions et statistiques de l’Insee, le temps de travail pendant l’année a été divisé par deux, passant de 3300 à 1600 heures. Mieux : pendant cette même période, le temps de travail pendant la vie a été divisé par trois, de 200 000 à 70 000 heures.

  • Sur la même période, d’après les calculs du Madisson Project reconstituant le PIB des principales économies sur longue période, le niveau de vie moyen des Français a été multiplié par dix.

Quelle est la spécificité de notre époque ? Le progrès s’est arrêté. Dans la France de 2025, on ne travaille pas moins qu’en 2005, et on n’y vit pas mieux. Pour la première depuis 1945 (de façon certaine) ou même depuis deux siècles (de façon très probable), une génération ne travaille pas moins et ne vit pas mieux que ses parents.

Quelle est la principale cause de cette stagnation inédite ? Notre productivité depuis 20 ans est la plus faible depuis que nous la mesurons. Sans productivité, pas d’amélioration générale du niveau de vie, pas de réduction générale du temps de travail.

Deux questions se posent donc à nous : comment retrouver de la productivité ? Et si nous en retrouvons, comment l’utiliser collectivement ?

Continuer à réduire le temps de travail pendant la vie ? Ou changer notre conception du progrès social : vivre de mieux en mieux non pas en travaillant de moins en moins, mais en étant de plus en plus libre, individuellement et collectivement ?

Car la grande différence entre les deux derniers siècles écoulés et notre situation contemporaine, c’est que nous avons perdu le leadership économique et géopolitique mondial, de sorte que nous sommes devenus dépendants de puissances étrangères comme jamais, industriellement de la Chine et technologiquement des USA.

Que signifierait donc vivre mieux au XXIème siècle ? Avoir le plus faible temps de travail du monde en perdant notre liberté, transformés en consommateurs zombies ? Ou redevenir indépendants en affectant nos gains de productivité à la reconquête de notre liberté : investissements dans l’éducation, l’innovation, la santé, la transition énergétique, la défense ?

Telle devrait être notre conception du progrès social pour le XXIème siècle : faire en sorte que nos enfants soient plus libres que nous, non pas parce qu’ils travailleraient moins, mais parce qu’ils seraient mieux éduqués et formés que nous, plus libres de choisir leur métier, d’en vivre confortablement et d’en changer, dans une France et une Europe libres dont la prospérité et la sécurité ne dépendraient plus de puissances étrangères.