POUR QUE NOS ENFANTS VIVENT MIEUX QUE NOUS
Tribune d'Antoine Foucher dans les Echos
Faire que nos enfants vivent mieux que nous : proposition d'idéal collectif pour le XXIème siècle.
Quand on compare les dépenses publiques de la France en 1975 et en 2025, on constate deux faits massifs :
On mutualise et on redistribue notre richesse collective beaucoup plus qu'avant : 57% de dépenses publiques aujourd'hui, contre 46% en 1975. En ce sens, nous sommes bien plus socialistes qu'il y a 50 ans.
Ces 11 points de dépenses publiques supplémentaires ont été quasi exclusivement affectés aux personnes à la retraite : quand on prend la totalité des dépenses publiques pour les retraités, soit pensions + santé + services publics, on passe de 12-13% du PIB en 1975 à 24-25% en 2025.
Résumé : notre effort collectif supplémentaire de partage des richesses depuis un demi-siècle a été destiné à un projet de société clair et noble : une retraite plus longue avec un meilleur niveau de vie. On est passé de 10-15 ans de retraite à 70% du niveau de vie général à 20-25 ans de retraite à 100% du niveau de vie général.
Notre problème aujourd'hui est que ce projet est en train de faire aussi notre malheur collectif, pour une raison simple : il représente autant de ressources disponibles en moins pour l’amélioration de la vie actuelle et future de nos enfants : éducation, défense, réindustrialisation, transition énergétique, logement…
Or, autant il était raisonnable de consacrer une part croissante de la richesse nationale à travailler toujours moins quand la France était l’un des pays les plus éduqués, productifs et technologiques du monde, autant cela conduit à condamner ses propres enfants à un destin de laquais (dans le tourisme), de consommateur servile (dans le numérique) et au total de vassal économique et politique incapable d’assurer sa propre liberté quand le pays qu’on transmet est à la traîne :
25 peuples dans le monde sont désormais mieux formés (PISA)
26 plus compétents (PIACC)
29 plus travailleurs (OCDE)
13 plus productifs (Eurostat)
et logiquement 24 plus riches (soit 800 millions de personnes dans le monde, d’après la Word Inequality Database) que les Français en moyenne.
Certes, une longue retraite avec un niveau de vie équivalent au reste de la société est un idéal profondément ancré dans notre histoire qu'il faut défendre.
Mais ce ne peut pas être notre seul idéal, ce ne peut pas être un idéal absolu qui écrase tous les autres.
Et justement, pour nous autres individus, puisque nous ne croyons plus ni à une vie après la mort ni à un sens de l’histoire, quel idéal plus puissant et unificateur pouvons-nous avoir que celui-ci : faire en sorte que nos enfants vivent mieux que nous ? E si cet idéal ne nous rassemble pas, alors qui sommes-nous ?